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30 ans après, sans y être retourné auparavant, je me retrouve, pour un reportage, sur la plage de mon enfance; rien d'exceptionnel en fait . Pourtant, la façon dont ces "retrouvailles" se sont déroulées en ont fait une des émotions les plus fortes de mon existence.

Aujourd'hui, si je suis devenu photographe, c'est certainement par nostalgie,
la nostalgie de mon enfance paradisiaque, d’une valise de photos en cuir rouge, que ma mère sortait une ou deux fois par an, à un moment particulier qui correspondait à une communion de nos esprits, à l'aspiration de faire un tour dans le passé.
Les rires et les larmes que provoquaient l'ouverture de cette valise me fascinent encore aujourd'hui .
La notion de "la photo" s'est alors construite en moi, non pas comme un témoignage, une preuve ou un rappel historique, mais plutôt comme la capture d'une émotion ou du sentiment d'une valeur affective du passé, du présent et du silence.

Le Maroc est le pays de la magie, car c'est le seul pays que je connaisse qui vous donne le sentiment de flotter. Pourquoi chercher ses repères , ils n'y sont pas, c'est un pays de liberté émotionnelle, c'est un pays ou ceux qui y vont , ont le sentiment que le temps s'est arrêté; même si le pays est actif , si le modernisme est là, parfois derrière le décor, il y a encore un autre décor immuable. C'est comme ça, les notions d'espace temps ne sont pas les mêmes partout.





C'est donc à Tahiti plage, sur la côte, à Casablanca, par un mois de mars à la lumière éléctrique, que j'ai constaté que le temps s'était arrêté. Je retrouvais 30 ans après, sur la plage de mon enfance, avec un flot de sensations qui m'a plongé, alors que je ne m'y attendais pas en 1967. J’avais 6 ans et rien n'avait changé, c'était pour moi un sentiment magique, j'étais en extase les yeux fermés, le nez et les cheveux remplis par le vent chargé de l'odeur du sel, de la brume, de la terre, de la rouille et du soleil.