Madrid mai 1988, me voila, pour la première fois de ma vie, à une corrida . Je suis à la fois effrayé et excité.
Les gradins se remplissent de jeunes, de vieux, de femmes chics, de filles des rues. Les enfants crient en mangeant des friandises, le vin coule à flots des gourdes en peau, les musiciens se “chauffent” de façon anarchique.
La corrida n'a pas commencé et déjà je sens monter en moi l'emontion et les frissons d'un spectacle à la fois dément et merveilleux.
Comment ne pas penser, alors aux magnifiques encres de Chine de Pablo Picasso.
Un premier “Tauro” puissant rentre dans l'arène, mes mains sont moites, mon cœur bat la chamade, je suis incapables de saisir mon Leïca. Toute l'énergie, la folie, la danse et le côté surréaliste du spectacle me transperce dans une intense émotion. Le dégout et la fascination alternent dans mon cerveau à la vitesse d'un cheval au galop.
Les encres de Picasso me reviennent; comment est il parvenu, d'un seul geste rapide, à retranscrire autant la vérité de cette émotion si particulière. A l'entrée du second taureau, je peux enfin commencer à faire des photos. En voici quelques unes...